Au cours de la première moitié de l’année 1943, trois grandes offensives seront menées par les brigades spéciales et la Troisième section à l’encontre d’organisations très proches des FTP-MOI ; la première offensive est dirigée contre l’organisation des jeunes Juifs où militent une centaine de jeunes de quinze à vingt deux ans. Le 18 février, à la suite de l’arrestation d’un jeune juif responsable d’un attentat contre un garage allemand, les policiers des BS2 commencent à Puteaux la filature d’un jeune qui s’avèrera être Henri Krasucki, 18 ans, responsable des jeunes de la section juive. La filature qui s’étend rapidement à un certain nombre de responsables des jeunes Juifs se poursuit jusqu’au 19 mars 1943 où une intervention de la Troisième section des Renseignements généraux, rivale de la BS2, oblige cette dernière à conclure : au total, la BS2 arrête cinquante-sept militants de la section juive dont la plupart des responsables de la jeunesse parmi lesquels Krasucki. Adam Rayski échappe de justesse à l’arrestation. Tous les jeunes interpellés sont battus et torturés avant d’être remis au SD allemand. Henri Krasucki est déporté à Auschwitz comme la plupart de ses camarades des jeunesses de la section juive. Seuls six d’entre eux sont rentrés
En juillet 1943, Missak Manouchian qui avait exécuté sa première opération armée au sein du Premier détachement le 4 mars est nommé commissaire technique des FTP-MOI parisiens. Un mois plus tard, il remplace Boris Holban au poste de commissaire militaire. Holban avait été démis de ses fonctions par Rol-Tanguy, adjoint de Joseph Epstein à la tête des FTP de la région parisienne, ce qui semble indiquer qu’à cette date, en région parisienne, les FTP-MOI étaient bien intégrés aux FTP, ce qui n’avait pas toujours été le cas. Dans l’interrégion parisienne, les FTP-MOI se seraient vus attribuer la 10e région. Joseph Epstein avait été nommé responsable des FTP parisiens vers février 1943 après le coup de filet qui avait décapité la direction parisienne des FTP (Roger Linet, Victor Rousseau). Le fait qu’Epstein soit juif polonais a peut-être facilité l’intégration des FTP-MOI dans les FTP. Holban avait été démis de ses fonctions car il contestait d’appliquer une directive qui préconisait d’engager une quinzaine de combattants par opération plutôt que trois ou quatre.
À la tête des FTP-MOI parisiens, aux côtés de Manouchian, on trouve Joseph Davidovitch, responsable politique, Alfredo Terragni, dit Secondo, comme responsable technique et Abraham Lissner, responsable aux cadres. En août 1943, les FTP-MOI parisiens disposent de soixante-cinq militants dont quarante combattants. En septembre, ils seront soixante-six et en octobre cinquante-et-un. À la suite des différentes hécatombes des militants juifs, le Deuxième détachement a été dissous, et le Premier a quasiment disparu depuis le décès du chef de ce groupe, Joseph Clisci, au cours d’une opération le 2 juillet. Les forces des FTP-MOI sont donc regroupées en trois groupes : le Troisième détachement autour de Boczov, le Quatrième détachement et l’équipe spéciale. En dépit de la faiblesse de l’effectif et de l’épuisement de certains de ses membres, les trois groupes FTP-MOI effectuent dix-sept opérations par mois et même dix-huit le mois d’octobre. L’action la plus spectaculaire est l’exécution par l’équipe spéciale du général SS Julius Ritter, qui supervisait l’exécution du Service du travail obligatoire en France. L’équipe était composée de Marcel Rajman, Leo Kneler, Spartaco Fontanot et Celestino Alfonso.
Commencée le 28 juillet 1943, l’opération de filatures aboutit en novembre 1943 au démantèlement complet des FTP-MOI. Marcel Rajman pénètre au 68 boulevard Soult, un immeuble qui était sous surveillance de la police. Rajman avait déjà été repéré lors de la filature de l’organisation des jeunes juifs au début de l’année 1943, mais d’après un policier interrogé à la Libération, il fit partie de ceux que le commissaire Barrachin ne voulait pas arrêter pour pouvoir faire rebondir la filature. Les membres de l’équipe de Rajman sont ainsi repérés.
Les policiers ouvrent une autre piste le 8 septembre, qui les conduit à « loger » l’ensemble des dérailleurs du Quatrième détachement, y compris leur chef Boczov[28]. En suivant Boczov, la BS2 localise Manouchian dès le 24 septembre, et quatre jours plus tard, les policiers assistent à la rencontre hebdomadaire entre Manouchian et son supérieur Epstein. Le 18 octobre, c’est au tour de Davidovitch d’être « repéré » et « logé ». Les arrestations commencent le 26 octobre après que la police a assisté presque en direct à un déraillement organisé par le Quatrième détachement dont deux hommes sont interpellés. Indépendamment de cette opération, Davidovitch est arrêté et il donne un certain nombre d’informations à la police ; grâce à ces informations, la police prend connaissance du niveau de responsabilité de Manouchian et d’Epstein, arrêtés le 16 novembre lors de leur rencontre hebdomadaire à Évry-Petit-Bourg. La chute des deux dirigeants déclenche l’arrestation immédiate des trente-cinq militants qui avaient été repérés au cours de la filature. Seuls cinq d’entre eux parviendront à passer entre les mailles du filet. Au total, l’opération aura permis à la police d’appréhender soixante-huit personnes. Selon le rapport de la BS2, les soixante-huit personnes arrêtées se décomposent en trente-trois « aryens » dont dix-neuf étrangers (onze Italiens et trois Arméniens), et trente-quatre Juifs dont trente étrangers. Vingt-et-une femmes figurent parmi les soixante-huit.
Vingt-quatre des combattants arrêtés au cours de la filature de novembre comparaissent devant la cour martiale du tribunal allemand auprès du commandement du Grand-Paris dans un procès qui s’ouvre à Paris le 15 février 1944. De ce procès qui est mené de façon très expéditive, on ne connaît que le verdict qui fut reproduit par une presse sous contrôle, les autres détails du procès étant très contradictoires. Vingt-trois des personnes jugées sont condamnées à mort, la vingt-quatrième ayant été mêlée au procès par erreur. Le 21 février 1944, les vingt-deux hommes sont fusillés au fort du Mont-Valérien, et la seule femme, Olga Bancic, responsable du dépôt d’armement, est envoyée à Stuttgart pour y être décapitée le 10 mai 1944. La plupart des hommes sont enterrés dans le cimetière d’Ivry-sur-Seine, dans le Val-de-Marne, où une stèle a été érigée en leur mémoire. Parmi les vingt-deux condamnés à mort, se trouvent Manouchian et Boczov, mais pas Epstein qui ne comparait pas à ce procès mais est jugé avec quarante autres FTP français arrêtés après le coup de filet de novembre 1943. Il sera fusillé au Mont-Valérien le 11 avril 1944.
À la suite du procès, les Allemands lancent une vaste campagne de propagande en faisant placarder une affiche rouge devenue célèbre exhibant les identités et les photographies de Manouchian et neuf étrangers condamnés au procès et intitulée « Des libérateurs ? La libération par l’armée du crime ! »
FTP-MOI parisiens ayant réussi à échapper au coup de filet de novembre 1943
- Ildo Stanzani
- Leo Kneler, qui participe en août 1944 à la libération de Paris.
-
Madeleine Oboda née Delers, dite « Marie » puis « Catherine », veuve de Stanislas Oboda, entre dans les FTP-MOI en octobre 1942, après que son mari est fusillé par les Allemands. Elle travaille avec Boczov, Michel, puis Rayman et Elek, et a de nombreux contacts avec Manouchian. Elle est agent de liaison, transportant les armes sur les lieux de l’attentat et les stockant chez elle, 10 passage Courtois à Paris.
https://www.facebook.com/MadeleineObodaResistanteFtpMoi/?locale=fr_FR - Arsène Tchakarian (sa mère est la cousine de la mère de Charles Aznavour).
- Henri Karayan.
- Raymond Kojitsky, dit « Pivert », qui à la suite de l’attentat du parc Monceau le 19 août 1943, se brouille avec ses coéquipiers, Marcel Rayman et Alfonso. Marcel lui reproche de ne pas avoir couvert Alfonso, auteur du coup de pistolet mortel contre un major allemand : Pivert arrête aussitôt sa collaboration avec la MOI. Il est ainsi sauvé par Marcel quelques mois avant l’arrestation du groupe des 23, qu’il attribue à un autre membre de la MOI, Albert Davidovitch. Il commence par participer avec les Jeunesses communistes juives à des lâchers de tract et des incendies de poteaux indicateurs allemands en fin 1942, alors qu’il a tout juste 16 ans et en parait 12. Il est ensuite intégré en janvier 1943 au sein des équipes de la MOI, sous la direction d’Henri Krasucki, et accomplit son premier grenadage place Cambronne, contre un garage militaire de l’armée allemande. Après l’arrestation de Krasucki en mars 1943, il passe sous les ordres de Manouchian































